« Ce matin (à la campagne), il fait gris et doux. Je souffre (de je ne sais quel incident). Une idée de suicide se présente, pure de tout ressentiment (aucun chantage à personne); c'est une idée fade; elle ne rompt rien (elle ne « casse » rien), s'accorde à la couleur (au silence, à l'abandon) de cette matinée.

    Un autre jour, sous la pluie, nous attendons le bateau au bord d'un lac; de bonheur, cette fois-ci, la même bouffée d'anéantissement me vient. Ainsi, parfois, le malheur ou la joie tombent sur moi, sans qu'il s'ensuive aucun tumulte: plus aucun pathos: je suis dissous, non dépiécé; je tombe, je coule, je fonds. Cette pensée frôlée, tentée, tâtée (comme on tâte l'eau du pied) peut revenir. Elle n'a rien de solennel. »


- Roland Barthes,
Fragments d'un discours amoureux, éditions du seuil, Paris 1977. p.15

la barque

2013
vidéo avec son, 45 minutes
Direction photo: A. Wolski
Interprétation: Anne-Marie Trépanier

Dans ce plan séquence, une femme est assise à l'avant d’une barque, sur un lac où le vent se lève, tournant le dos au spectateur. Elle ne pagaie pas, suggérant une autre présence dans l’embarcation qui se déplace vraisemblablement sans destination. De rares regards insaisissables sont jetés vers la caméra (vers un.e autre passager.e, vers le/la spectateur.trice).

Formellement, cette œuvre s’intéresse au rapport entre le regardeur et le regardé, à l’image ouverte et fermée, au cadre du paysage et du portrait. D’un autre point de vue, elle nait de l’idée de créer un récit linéaire où la tragédie vient se confondre avec la banalité, où l’inaction s’étend doucement vers une violence indéterminable, un possible chavirement.

© tous droits réservés